La guerre… titre provisoire

Un photographe parle à une caméra.

Dans quelle guerre, dans quelles ruines se trouve le reporter photographe qui nous parle, ou plutôt se parle à lui-même ? On ne le saura jamais.

Blessé, peut-être aux portes de la mort, l’homme a décidé de laisser un témoignage qui s’ajoutera à ses photos : sa confession, ses réflexions qu’il confie à la caméra qu’il vient de mettre en marche et dont certaines images en gros plan s’affichent fugitivement. Il n’a aucune passion pour la guerre qui le fait vivre. Il interroge à la fois la folie des hommes et sa vie. N’est-il pas lui aussi un acteur en représentation comme tous ces gens qui occupent les médias ? Jeu et vérité se mêlent, à l’image de cette société qui permet la guerre et les discours mensongers.

Le texte de Miguel Angel Sevilla est d’une beauté âpre. Gabriel Debray (dont le modeste Local propose toujours des spectacles inattendus et réussis) l’a monté avec le minimum d’effets, faisant surgir seulement quelques images et fondant la force de la soirée sur le texte, le jeu, la tension d’un pur moment de violence intérieure. C’est nu, c’est brut. Du moins, cela semble l’être : c’est toute l’intelligence de  la mise en scène et du jeu. Vincent Viotti compose une sorte de baroudeur éclairé ; il sait être à en même temps l’homme d’action et l’homme d’analyse, un être se débattant dans une nuit qui est aussi la nôtre.

Le théâtre est rarement aussi contemporain.

Gilles Costaz

Publié le 11 décembre 2013 sur le site : Webthea